Une maison qui n'existe plus

Publié le par Petite ombre

Il y a un peu plus de quatre ans, j'ai eu la plus grosse déception de ma vie. Alors que j'étais tout juste enceinte de mon second enfant et dans la galère avec notre logement, un appartement avec une seule chambre, quelques jours avant Noël, nous recevions un appel miraculeux!

Nous pouvions aller visiter une maison et si elle nous plaisait elle était à nous. J'ai fait répéter maintes fois mon interlocutrice.

Le lendemain de Noël, nous étions en plein rêve! C'était la maison que nous rêvions, nous étions si heureux! La visite avait été parfaite, mon papa nous avait même accompagné et était autant ravi que nous! Nous allions avoir enfin un bon logement et je pourrais passer une grossesse tranquille et nous aurions déjà une belle chambre à préparer pour notre second enfant, tout comme nous pouvions enfin en offrir une à notre fils.

On s'y voyait déjà, on avait des projets d'avenir et d'aménagement! Même mes parents récupéraient déjà des cartons et du papier bulle pour notre déménagement qui était prévu en février.

Après le nouvel an, toute cette joie est retombée au quatrième sous-sol. Alors que nous allions signer les papiers, on nous annonce qu’il y a eu une erreur… Exit la maison pour nous. Exit nos projets, exit la grossesse paisible, exit la chambre des enfants…

Au vu de l’erreur, une nouvelle commission a eu lieu et là ce fût un véritable coup de massue en plus sur nos têtes ! Cette maison était attribuée à la sœur de mon mari qui n’était pas autant dans le besoin que nous et qui surtout ne le méritait pas du tout ! Vous savez, celle qui truande, qui profite du système, qui a des gosses mais ne les regarde pas, ils ne sont qu’une source d’argent mensuelle pour elle. Celle qui a tout sur un plateau d’argent !

 

J’ai absolument très mal vécu cela… C’était notre maison, nos rêves… Et on nous les a repris pour les lui donner à elle !! Mon mari était tout aussi horrifié, en colère et démuni que moi. Toutes nos demandes de recours ont échoué… J’étais enceinte, fatiguée, j’ai baissée les bras.

Ce n’est qu’à la naissance de ma fille qu’on nous a de nouveau proposé une autre maison, mais une bien différente… Une que j’avais repérée en disant, que jamais je n’en voudrais… Délabrée, mal agencée… Je détestais cette maison, encore plus après la visite… Mais mon mari a passé outre mon avis et a signé pour l’avoir. Une misérable bicoque face au palais qu’on nous avait retiré… Une puanteur persistante, la porte d’entrée défoncée, de la saleté de fond en comble… La liste est longue.

Avec le temps, mon mari a beaucoup donné de sa personne pour métamorphoser notre maison qui aujourd’hui est à l’exact opposé de celle que nous avons récupéré. Les gens sont étonnés en voyant les photos d’avant… Certains sont outrés de l’état dans lequel nous l’avons réceptionné.

J’ai eu un mal fou à faire le « deuil » de cette maison qui est celle de ma belle-sœur. Je ne pouvais tout simplement même pas mettre un pied dans le quartier et il fallait encore moins me demander d’en mettre un dans cette demeure. J’avais trop mal au cœur, et j’étais encore très en colère ! « Jamais je n’irais là-bas, c’est trop dur ».

 

Ne jamais dire « jamais ».

L’une des filles de ma belle-sœur est ma filleule. A maintes reprises elle m’a demandé d’aller chez elle pour fêter son anniversaire, au cours de ces quatre années qui se sont écoulées.

Je ne pouvais pas… C’était au dessus de mes forces.

Et puis cette année, quand ma filleule s’est jetée dans mes bras, le regard suppliant (elle ignore pourquoi je ne peux pas aller chez elle), me demandant si je voulais bien aller à son goûter d’anniversaire, quelque chose en moi a rompu…

Cette petite fille a beaucoup de place dans mon cœur, et je sais qu’elle tient à moi, tout comme sa petite sœur qui vient souvent trouver de la tendresse avec moi, n’en recevant pas de sa mère. Je me suis entendue lui répondre « je vais en parler à ton oncle pour savoir s’il sera disponible et je te dirais quoi ». J’ai enchaîné tout de suite en lui demandant ce qu’elle voulait pour son anniversaire. Ce ne fût donc pas un « non » immédiat, ferme et catégorique, habituel.

Je me suis troublée toute seule.

J’ai parlé avec mon mari de cette situation. Je ne savais pas quoi faire. Je ne sais pas ce qui s’est rompu en moi, mais une toute petite part de moi voulait faire un immense plaisir à cette petite blondinette mais j’avais peur.

Le temps a fait les choses, mais surtout les paroles de notre entourage, surtout de personnes auxquelles je ne m’y serais pas attendue. On m’a certifié que je ne devais avoir aucun regret et que ma maison actuelle était en fin de compte beaucoup mieux que celle que nous avions manqué… Qu’on préférait de loin notre logement à celui de ma belle-sœur. Touts les beaux attraits que je gardais en mémoire de cette maison semblaient ne plus en être…

J’ai soufflé un bon coup et j’ai accepté l’invitation de ma filleule en me disant jusqu’à la dernière minute que je changerais d’avis.

Mon mari m’a soutenu et il était convenu que si ça n’allait pas, je ferais demi-tour.

Arrivé dans le quartier je n’ai rien ressenti de négatif, mais une petite appréhension tout de même.

Mes enfants ont frappé à la porte et quand elle s’est ouverte, j’ai su que je ne rentrerais pas dans la maison qui nous avait fait rêvé il y presque cinq ans. J’ai échangé un regard avec mon mari qui a du avoir le même mouvement de recul en recevant dans les narines l’odeur qui sortait de cette maison.

Nous allions entrer dans une maison, mais pas dans THE maison !

J’ai survécu au goûter d’anniversaire et j’ai même réussi à envelopper du regard les pièces que j’apercevais… Ce fût plus facile pour moi que ce que j’aurais cru, puisque visuellement je n’étais pas là où j’avais mis les pieds des années auparavant. Quel gâchis, mais cela m’a vraiment aidé à rester là pour partager le gâteau d’anniversaire de ma filleule. Je n’ai pas eu mal au cœur dans le sens d’avoir des regrets… Je comprenais mieux les paroles d’un des frères de mon mari quand il persistait à dire qu’on était bien mieux dans ma maison actuelle et qu’entre les deux il aurait choisi la nôtre.

L’expression qui conviendrait pour décrire ces lieux que je redoutais serait « un carnage »… Tout était sombre alors que tout était si clair avant. Le papier peint arraché, la porte d’entrée devenue grise alors qu’elle est blanche à la base. Un ameublement flippant, archi démodé et surtout « bric à brac », et très mal agencé. Le jardin, celui qui nous donnait le plus de regret, était une jungle…. La belle-sœur qui rit en disant que son toutou d’amour, ce vilain chenapan a fait des trous dans les murs… Mais cela restera apparemment ainsi ! Bref…

Tout compte fait, j’ai appris à aimer ma maison et à oublier celle qui aurait dû être la nôtre. Je garde cependant un mauvais ressentiment dans le fait où cette demeure a été remise à la mauvaise personne qui est en train de détruire son âme et de la détruire tout court…Je devais vraiment être très, très chamboulée par les hormones de la grossesse et ne rester que sur le négatif de ma première visite et impression de mon habitation actuelle... En remettant les pieds dans ce rêve immobilier, j'ai pû refaire une comparaison plus claire et en tirer la conclusion qu'en fait, il est vrai que je perds au change pour ce qui est du côté jardin et la taille de deux chambres, mais notre pièce a vivre est beaucoup plus grande, la cuisine pas si petite que cela et surtout nous avons su en tirer quelque chose de super et plus attractif !Nous sommes bien où nous sommes au final !!

Je ne retournais pas forcément chez ma belle-soeur, mais je sais maintenant que la maison  que j’avais en tête a disparu et que je peux tourner la page ! J’ai dit merci à mon mari pour avoir donner de sa personne et surtout de son temps pour m’offrir un beau logement en partant de très loin ! Qu’il avait pris au final la bonne décision, qu’à l’époque j’étais complètement hors circuit à cause de ma grossesse et mon accouchement. Il a réussi à m’aider à faire le deuil d’un avenir dans ce quartier, de nos projets.

J'ai encore des regrets mais plus de peine puisque cette maison n'existe plus!Et en fait j'ai surtout été très en colère et déçue, certes au début de ne pas avoir ce logement, mais surtout qu'au final ce soit une personne non méritante qui en ait bénéficié... J'aurais plus vite tourné la page si c'était une tierce personne qui l'avait obtenu au final.

 

Je me serais ri au nez en me lisant cinq ans auparavant!

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Maristochat 12/12/2016 18:43

J'imagine que cela a du être une sacrée épreuve. J'admire vraiment que tu aies été capable d'y aller. Et que finalement cela t'ait aidé, c'est une belle leçon !

Petite ombre 12/12/2016 19:36

Oui et je n'aurais jamais cru, même il y a deux semaines, je crois que je n'y aurais pas cru non plus!