Comment ça commence, Janvier 2017

Publié le par Petite ombre

A écouter en sourdine pendant votre lecture

« Et si je ne t’avais pas dit que je t’aimais, où en serions-nous aujourd’hui ? Où en serais-tu, toi !? »

Matthew avait planté son regard bien droit dans celui de Louane en lui disant cela. Il vit le petit éclair d’indignation que cette question avait provoqué, et il regretta aussitôt mais c’était nécessaire, il le savait au fond de lui.

« Tais-toi ! », souffla la jeune femme qui ne souhaitait même pas y réfléchir, tant cela lui semblait absurde, tant d’années après, et surtout, il n’avait absolument pas le droit d’émettre cette hypothèse.

Matthew baissa la tête en avalant sa salive. Ce qu’il s’apprêtait à dire ensuite le révoltait au plus au point car ce n’était pas ce qu’il s’était imaginé lui dire, dans ses milliers de scénarios composés dans sa tête, si un jour il lui était donné de pouvoir bel et bien l’avoir de nouveau en face de lui. Encore une fois, il allait devoir la blesser.

Il reprit la gorge serrée :

« Non Lou ! Je ne me tairais pas ! Si à l’époque je ne t’avais pas dit que je t’aimais, les choses seraient plus simples aujourd’hui. Tu aurais sans soute eu un peu de peine, mais sachant que tes sentiments n’étaient pas réciproques, tu aurais fini plus facilement par m’oublier et passer à autre chose pour continuer à construire ta vie plus sereinement. Tu ne serais pas aussi mal comme maintenant, en me revoyant plus de dix ans après, comme ça, brutalement, et surtout dans cette situation. Si je ne t’avais pas avoué mon amour pour toi, je ne t’aurais pas fait souffrir en… en… »

Il ne réussit pas à terminer, tant son cœur se déchirait en repensant à ce qu’il avait fait il y a longtemps. Il serra les poings à s’en briser les doigts.

« .. en plaquant tout du jour au lendemain sans prévenir ! » termina Louane.

Puis elle continua, incapable de retenir le flot de paroles qui ne demandaient qu’à sortir :

« En disparaissant totalement et en ne donnant plus jamais de tes nouvelles et surtout sans aucune explication. Tu es parti Matt, tu es parti et nous… Tu nous as laissé, tes parents, tes amis… et moi. ET MOI ! »

Louane avait du mal à maîtriser le son de sa voix, tremblante sous la colère mais aussi sous l’émotion.C'était si étrange de se retrouver devant lui, elle sentait comme un flottement, qu'elle savait partagé avec Matthew. C'était magique, irréel, déboussolant, affolant, apaisant mais tout aussi douloureux. Elle ne savait pas quelle émotion devait émergé en premier de cet instant.C'était une sorte de délivrance mais aussi une épreuve. Devait-elle être soulagée et heureuse, en colère ou alors indifférente après tout ce temps?C'était comme s'il revenait d'entre les morts, une sorte de miracle auquel tout être humain ne pourrait jamais être confronté, même avec la plus grande volonté du monde.

Le jeune homme se prit la tête entre les mains et grimaça.Il lisait la tornade d'expression de sentiments dans les yeux de la jeune femme,le reflet total de son propre ressenti. C’était dur pour lui aussi d’entendre de la bouche de Louane, l’acte le plus dur qu’il n’ait jamais eu à faire de toute sa vie en luttant jour après jour pour s’y tenir et ne pas revenir à genoux devant elle. Il luttait même encore à cet instant, près à se jeter devant elle, implorant le pardon, l'envie de la serrer dans ses bras, de retrouver cette bouffée de bonheur qu'il avait ressenti en étant avec elle.Toucher sa main, effacer tout le mal et reprendre ce qu'il avait brisé.

« Tu vois ! Si je ne t’avais rien dit, tu serais en paix aujourd’hui. Mon départ ne t’aurait pas été aussi difficile et surtout tu ne serais pas restée sans réponse à tes questions que j’imagine, car je pense que même si au final, avec le temps tu as réussi à refaire ta vie, tu as toujours été dans l’attente de comprendre ce qui s’était passé… Savoir que je t’aimais mais t’avoir abandonné… »

Il vit que la jeune femme serrait les dents et qu’il continuait à rouvrir une blessure grave, surement à peine cicatrisée. Et cela le rendait fou. Comment lui faire comprendre tout ce merdier, sans trop remuer le passé ?Elle refuserait d’entendre et de comprendre la décision qu’il avait prise en 2004, et c’est d’ailleurs pour cela qu’il n’avait jamais rien laissé derrière lui, même pour réconforter ses proches en disant qu’il allait bien mais qu’il ne reviendrait pas. Il savait que s’il avait fait ça, Louane n’aurait rien lâché et qu’il aurait été faible. Si elle lui avait demandé de revenir, il l’aurait fait, il aurait perdu tout courage qu’il avait eu du mal à rassembler pour partir.

Matthew inspira à fond pour essayer de se concentrer à nouveau correctement sur la situation qui l’avait amené à être là, alors qu’il ne devrait même pas y être.

Il tourna la tête vers son collègue et ami de toujours qui attendait ses directives pour intervenir. Cet ami qui avait été celui qui lui avait permis de tenir ses dernières années, celui qui avait un peu mis fin à son errance, cet ami qu’il avait retrouvé quatre ans auparavant par le plus grand des hasards ou malchance, selon les points de vue; cet ami qui avait gardé son secret, cet ami qu’il avait aussi abandonné et blessé mais qui avait trouvé le courage de lui pardonner et de comprendre son geste désespéré sans le prendre pour un fou, qui avait accepté l'inexplicable, l'impossible à croire.

Louane se rendit compte de l’échange de regards entre les deux hommes. Elle comprit alors d’un seul coup et retint un sanglot. Elle n’y avait pas prêté attention avant mais elle dévisagea mieux les deux hommes et fit un rapprochement…

« Non ! Ne me dis pas que… Vous êtes collègues ? Vous… »

Elle accentua la pression sur le pistolet qu’elle tenait en joue depuis plusieurs minutes. L’immonde personne qui était visée, suait à grosses gouttes et semblait retenir sa respiration, envahit par la peur mais qui avait bougé de quelques millimètres, croyant que la petite discussion qui venait d’avoir lieu avait détourné l’attention de la jeune femme.

« Ne bouges pas trou duc, où je te tire la prochaine balle entre les deux yeux si l’avertissement que tu as pris dans le genou ne t’a pas convaincu… » aboya Louane.

« Tu devrais l’écouter, elle ne te ratera pas et je pourrais bien la laisser faire… » intervint Matthew.

Puis il se tourna vers elle. Elle comprit qu’elle pouvait désormais laisser la police reprendre le contrôle sans qu’il n’y ai plus aucun danger.

« Allez-y, tirez moi cette enflure de ma vue »

Matthew donna son accord et la tension qui était maintenue jusqu’alors, parût s’échapper enfin de la foule qui avait était témoin de toute cette agitation.

Quand l’homme fût entre les mains des forces de l’ordre, Louane baissa son arme et se laissa tomber à genoux. Etienne, l’ami de Matthew, mais aussi celui de la jeune femme,s’approcha et lui prit délicatement le pistolet.

« Louane, j’espère que tu comprendras… Je ne pouvais rien te dire, alors que j’en mourrais d’envie, et puis avec le temps j’ai vu que tu te reprenais… J'étais tiraillé entre ma loyauté envers vous deux.Puis tu as rencontré ton mari, alors te dire que je savais plus ou moins ou était Matthew n’aurait été que chambouler ta vie à nouveau, d’autant plus qu’il m’avait dit qu’il ne voudrait pas faire marche arrière si je lâchais le morceau et surtout qu’il ne pouvait pas, qu'il était mieux pour toi de ne pas savoir, surtout autant de temps après ! »

Les larmes alors contenues jusqu’ici jaillirent des yeux de la jeune femme. Elle les essuya de rage et lança un regard on ne peut plus noir à Etienne. Il comprit et arrêta alors sa tirade, ce n’était pas le bon moment.

« Alors pourquoi tu es parti Matt ?Pourquoi m'avoir dit que tu m'aimais? » murmura-t’elle.

Ce dernier qui avait réussi à l’entendre murmura à son tour :

« Louane, au fond de toi tu sais pourquoi… Mais tu n’as jamais voulu t’y résoudre »

« Je veux juste te l’entendre dire, t’entendre rompre cette promesse que tu m’avais faite ».

Matthew fit une moue avec sa bouche. Non il n’avait pas totalement rompu sa promesse… Il avait juré de l’aimer toujours et de prendre soin d’elle pour l’éternité et de rester à ses côtés. Certes il était parti et l’avait abandonné en lui causant une douleur au cœur et à l’âme, mais il l’avait toujours aimé, même encore à la seconde où cette pensée le traversait. Mais cela il ne pouvait pas lui dire, il ne ferait pas cette erreur deux fois.

Néanmoins, il convenait qu’elle était en droit maintenant de savoir le fin mot de toute cette triste histoire, d’autant plus que c’était en partie à cause de cela qu’elle avait dû tirer sur l’homme qu’elle tenait encore en joue quelques secondes auparavant.

« Ok… Je vais essayer de mettre une explication correcte concernant le vide que j’ai laissé pendant dix ans, mais surtout, n’aie aucune rancœur contre Etienne. Porte-la sur moi si tu veux… Mais pour le moment je voudrais juste qu’on évacue tout le monde et que toi tu ailles montrer ton entaille aux pompiers. » Il vit qu’elle allait protester qu’elle ne voulait plus attendre encore pour en savoir plus, aussi s’empressa-t’il d’ajouter :

« Non, je suis catégorique, tu te soignes d’abord et ensuite on parlera calmement et en toute intimité tous les deux si c’est ce que tu veux. Je crois que tu viens d’en étonner plus d’un aujourd’hui et que tu ne souhaites pas étaler un peu plus ta vie et tes secrets au grand public ».

Louane se releva en repoussant l’aide d’Etienne.

Ce bougre avait raison, elle le gifla d’une force insensée… Puis elle se dirigea vers les pompiers.

Matthew ne broncha pas, il l’avait amplement mérité… Il ne ressentait pas la douleur de ce geste mais reçut au fond de lui toute la détresse de la jeune femme. Devait-il tout lui raconter ? Il allait devoir lui apprendre une chose horrible… Une chose qui donnait encore à lui-même la nausée…

C'était ma participation au projet d'écriture d'Agoaye...

Un texte que je pourrais encore très largement amélioré, un texte qui me tient à coeur, j'ai délaissé mes personnages de l'an passé,(ayant eu naissance avec le projet) le temps de ce mois de janvier 2017, tant l'amorce (en italique gras au début) de cette session était faite pour cet écrit là,pour ces personnages qui vivent dans ma tête depuis des années...et dont un jour j'aimerais arriver à trouver le courage d'écrire leur histoire, d'écrire ce roman que j'invente un peu plus chaque année, dans ma tête.

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Agoaye 01/02/2017 22:22

Oh ohhhhh, mais ça sent la suite ça !!!!
J'ai hâte !

Petite ombre 02/02/2017 14:57

A voir selon les prochaines amorces que tu nous laisses...