Comment ça commence, novembre 2017

Publié le par Petite ombre

-« Si tu m’appelais demain, je pense que cela ne servirait à rien et surtout que cela ne changerait rien à la situation. »

Will me regarda avec un air de chien battu. Je retins un gros soupir d’agacement, il n’avait pas le droit de faire celui qui était le plus blessé.

  • « Et si je t’appelais après demain alors ? » essaya-t’il à mi-voix.
  • « Mais tu le fais exprès non ? Ni demain, ni après-demain, ni jamais… Tu m’oublies. Ce que tu as fait est impardonnable, je ne veux plus d’une telle personne dans ma vie ! »

Je sentais la rage qui remontait subitement comme lorsque j’avais découvert tous les mensonges auxquels j’avais naïvement cru comme une idiote pendant plusieurs mois. J’étais trop dégoutée de m’être autant trompé sur ses véritables motivations envers moi.

Je ramassai mon sac et ma veste, puis me levai pour quitter la table où je m’étais installée pour travailler. Quelques têtes se relevèrent car dans ma hâte j’avais failli renverser ma chaise et créai alors un bruit malvenu dans la bibliothèque. Je me sentis rougir et n’en fût que plus furieuse contre Will. Ce dernier s’était aussi levé et se tordait les mains nerveusement. Il remonta ses lunettes qui avaient légèrement glissé de son nez. Mon cœur s’accéléra quelques secondes car j’avais toujours aimé ce petit tic de Will. Il adressa un sourire d’excuses à nos voisins de table qui se replongèrent dans leurs livres sans ne plus nous prêter attention.

Quand je quittais le bâtiment, je fus surprise par le froid mordant qui s’était installé durant les heures où j’étais absorbée par mon étude. Le soir tombait et les lampadaires renvoyaient une pâle lumière qui me parut subitement lugubre. Alors que j’essayais  de boutonner ma veste, je sentis la main de Will se poser sur mon épaule. Il m’avait suivi et devait regretter de ne pas avoir lui aussi pris la peine d’enfiler sa parka.

-« Hélène, attends. Pourquoi tu en fais un tel drame ?Ce n’est pas contre toi tout ça… »

Je me retournai vivement vers lui, outrée qu’il puisse oser poser cette question stupide.  Je m’étais bel et bien lourdement trompé sur lui. J’avais cru mieux le connaître. Je lui avais fait confiance et il en avait profité. Son téléphone sonna et quand il le sortit de sa poche, je vis le nom qui apparaissait à l’écran. Cela en était trop pour moi. Je vis qu’il me décrocha un regard mais il n’hésita pas longtemps avant de prendre l’appel devant moi.

-«  Allo. Ma chérie … euh… non attends, je peux te rappeler plus tard… Non…Je te rappelle, elle est devant moi... »

Il n’avait aucune honte ! J’étais littéralement humiliée. Je pris mes jambes à mon cou, mais il était coriace et me suivait encore.

« Hélène, parlons calmement s’il te plaît…. Je ne savais pas que cela avait autant d’importance pour toi ! »

Je continuai de marcher, serrant les poings et ravalant mes larmes, mais il me suivait toujours en se frictionnant les bras.

-« Hélène bordel, tu ne vas pas me faire traverser la ville comme ça ? Reviens au chaud, on va discuter calmement. »

-« Mais laisse moi et va rejoindre ta Bianca chérie… Je ne veux plus vous voir, ni l’un ni l’autre… »

Un jeune homme nous croisa est donna une tape amicale sur l’épaule de Will, ils semblaient se connaître… Cet inconnu pour moi continua son chemin à reculons en lançant gaiement à Will:

-« Mec, je suis au courant de la nouvelle ! Tu assures grave !!!! Félicitations ! »

Will leva la main et lui fit signe, grand sourire aux lèvres en lui répondant :

-« Merci c’est gentil. »

Sur mon visage se fendit alors le plus mauvais des sourires narquois et je le regardai bien droit dans les yeux en lui lançant :

-« Pathétique, tu vois… Tu n’as rien démenti à ce type ! Et c’est avec grande fierté devant moi que tu t’autorises à recevoir des félicitations ! »

Will se passa les mains dans les cheveux, prenant conscience de sa bourde qui ne l’aiderait pas à rattraper le mal dans lequel il s’était engagé avec moi. Une lueur d’impuissance brilla dans ses yeux et il baissa la tête :

-« Ok, je vais te laisser te calmer, mais ne dis pas que tu ne veux plus me voir… C’est absurde… Je ne savais pas que tu le prendrais aussi mal, tu disais toi-même que tu n’y portais pas d’importance et que cela ne valait rien…. »

-«  Je ne veux bel et bien ne plus te voir !Ma mère m’avait prévenu… Quelle idiote je suis ! Tu es exactement comme lui en fait… Voire même pire que lui… Tu es le dernier des salauds. »

-« Comme qui ? »

-« Tu le sais très bien… J’étais tellement heureuse de découvrir que j’avais un frère, pardon demi-frère… Mais tu es comme notre père, un égoïste qui ne pense qu’à lui et qui se sert des personnes pour agrandir sa popularité et sa notoriété. Tu m’as volé mon projet d’écriture pour le concours,toi et Bianca, ta complice!…. Quand tu as eu mon manuscrit entre les mains tu as filé directement le soumettre au jury mais en y déposant ton nom sans rien ne me dire ! Et ce matin en ouvrant le journal de l’université je découvre ton exploit avec effroi… Tu as remporté le concours, la première place mais avec mon travail ! Celui que je t’avais montré seulement parce-que je croyais que tu t’intéressais vraiment à ce que je faisais… Je ne voulais pas publier cet écrit, c'est mon histoire personnelle que tu as mis sur la place publique»

Il s’avança vers moi la main tendue mais je reculai :

-« Non Hélène, je savais qu’il était bon  c’est pour ça que tout le monde devait le lire, te lire… J’ai cru que tu avais juste peur de mettre ton nom, c’est pour cela que je … »

Dans un élan de rage je me jetais sur lui, ses mensonges ne fonctionnaient plus sur moi… Je le poussais avec autant de force dont j’étais capable… Trois mois c’étaient écoulés depuis que nous nous étions rencontrés. Je ne savais même pas qu’il existait avant cela… Moi qui ne connaît même pas notre père, ayant laissé ma mère seule avant même ma naissance. J’avais enfin l’impression d’avoir une famille, mais il avait fallu qu’il gâche tout.

Mes réflexions furent interrompues par un bruit assourdissant et une lumière nous aveugla. Nous criâmes ensemble avant que je ne me sente projeter en arrière. Puis ce fût le néant. Nous nous étions trop rapprochés de la route….

 

 

C'était ma participation au projet d'écriture d'Agoaye, du mois de novembre 2017

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
M
J'aime !!! Et je continue à dire que tu devrais toi aussi te lancer dans un roman !
Répondre
P
J'ai un roman dans la tête depuis de très longues années... J'avais commencer à l'écrire avant d'avoir les enfants... Un ou deux chapitres, je ne sais plus... Puis après je n'ai plus eu le temps... Mais je le ferais en entier un jour c'est sûr !!!